Partager l'article ! Discours de Nicolas Sarkozy à Versailles : vieilles idées pour un vieux pays: Le 22 juin le discours du Président de la République était à ...
Le 22 juin le discours du Président de la République était à l'image du château de Versailles dans lequel il l'a prononcé : bien construit et plein de talent. Mais d'un autre âge. La forme était excellente. Le fond datait.
Certes le Président a reconnu que notre problème majeur est celui de nos dépenses publiques et de nos déficits. Il a bien dit que nous avions trop d'impôts, que pas un euro d'argent public ne devait être gaspillé. Mais il a laissé au Parlement le soin d'identifier nos gaspillages. Il sait très bien que le Parlement en est incapable. C'est à l'exécutif de le faire, à commencer par le Président. Mais il ne se sent pas lui-même concerné puisqu'il abhorre la rigueur, qui n'est pas autre chose que le choix des dépenses à réduire. Il préfère « investir », c'est-à-dire dépenser, et emprunter. C'est évidemment plus facile que de faire des choix « sacrificiels » et affronter les réactions hostiles. Notre problème majeur ne sera pas résolu. Nous serons encore à la queue du peloton de la croissance
.
Certes il a constaté que nos jeunes sont mal formés et trop souvent sans travail, que nos prisons sont bondées bien que 80.000 condamnations ne soient pas exécutées chaque année, que notre
industrie disparaît. Il a sans doute raison de vouloir construire plus de prisons. Mais ce n'est pas avec des stages-parkings que l'on formera vraiment les jeunes. La meilleure formation serait
celle du travail. La clé serait dans la croissance de notre économie.
Les solutions qu'il a préconisées pour l'obtenir sont celles qui ont échoué dans le passé.
Il souhaite qu'un grand débat national détermine les « secteurs d'avenir » qui deviendront des « priorités nationales ». Comme si nous étions encore au temps des plans quinquennaux et
de leur « ardente obligation ».
Croire que le volontarisme politique assurera l'avenir du pays, c'est se tromper d'époque. Et encore après la Libération le pouvoir politique n'a pas cherché à définir toutes nos priorités. Heureusement. Sinon, il aurait empêché le développement de nos plus belles entreprises, celles qui ont créé le plus d'emplois : Carrefour, Accor, Sodexo, Adecco, Bouygues, le Club Med, AXA, les banques françaises. Ni le commerce ni l'intérim ni les loisirs ni le tourisme ni les travaux publics n'auraient figuré dans les priorités politiques de l'époque. On peut parier qu'il en sera de même après le grand débat national annoncé. Certains de nos meilleurs atouts, le tourisme, les produits dérivés financiers (quelle horreur : de la spéculation !), l'hôtellerie, les entreprises de conseil ou de BTP, ne seront pas des priorités. On peut dès maintenant prévoir quels seront pour nos hommes politiques les secteurs prioritaires : 1) la « croissance verte » ; 2) le chemin de fer ; 3) les nano et biotechnologies.
Ces priorités ne tiendront aucun compte du marché, de nos entreprises, de la concurrence. Les Allemands et Japonais dominent dans l'éolien et le solaire, les Anglais et Américains dans les biotechnologies. On n'en tiendra pas compte. Les « partenaires sociaux », qui n'y connaissent rien, seront consultés, mais pas nos entreprises. Le volontarisme politique supplantera le marché. L'expérience a déjà été faite. Le « plan calcul », le « plan machine-outils », la filière nucléaire française (heureusement abandonnée pour une licence américaine), le minitel, les normes TV françaises sont nés de cette déplorable croyance que les hommes politiques connaissent, mieux que les entrepreneurs, les secteurs à développer.
Tant que nos hommes politiques n'auront pas assez de modestie pour croire qu'ils ne peuvent pas tout, et qu'il vaudrait mieux faire confiance aux entrepreneurs, et surtout ne plus les accabler d'impôts et de réglementations inutiles, notre vieux pays sera abreuvé de vieilles idées et continuera son lent déclin.
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